Dictionnaires (III): Le Littré

Voici le troisième article sur les dictionnaires (vous pouvez lire les deux autres ici et ici). Nouvelle langue (c’est le premier article en français sur ce blog… et j’espère bien me tirer d’affaire !), et “vieux” dictionnaire : Le Littré; il faut bien que je l’avoue : c’est un de mes dictionnaires préférés !

littre

Il s’agit d’un dictionnaire d’autorités : en effet, il est rempli de citations d’auteurs français ; mais il est aussi LE dictionnaire de la langue française du XIIe jusqu’au XIXe siècles. Et quel dictionnaire ! Voici un échantillon des auteurs cités :

Beaumarchais, Boileau, Bossuet, Chateaubriand, Chrestien de Troyes, Corneille, D’Alembert, Descartes, Diderot, Du Bellay, Balzac, Hugo, La Boétie, Mme de La Fayette, La Rochefoucauld, Lamartine, Molière, Montaigne, Montesquieu, Pascal, Rabelais, Racine, Ronsard, Rousseau, Mme de Staël, Villon, Voltaire.

(Veuillez suivre ce lien pour visiter la liste complete des auteurs.)

Le dictionnaire de la langue française, (Le Littré), parut, chez Hachette, entre les années 1863 et 1872, pour la première édition; puis, entre 1873 et 1877 pour la deuxième. Il fut publié en quatre volumes, plus un Supplément, plus un dictionnaire étymologique des mots d’origine orientale. Cependant, la rédaction de l’ensemble eut lieu entre 1847 et 1865.

Un peu d’histoire…

Quel était le but de l’auteur, en entamant cette œuvre ? Voyons-le avec ses propres mots :

“Je n’ai prétendu à rien de moindre qu’à donner une monographie de chaque mot, c’est-à-dire un article où tout ce qu’on sait sur chaque mot quant à son origine, à sa forme, à sa signification et à son emploi, fût présenté au lecteur. Cela n’avait pas encore été fait.”

Rien de moindre… comme si ce n’était rien que d’écrire une “monographie” pour chaque mot, qui contiendrait tout ce que l’on en sait…

C’est dans la première page de l’édition de 1889 où on peut lire, en détail, le but de l’auteur, et découvrir les contenus de ces monographies : non seulement son ouvrage inclut les mots du dictionnaire de l’Académie, mais aussi les mots propres aux arts et métiers que le premier ne contient pas. Quant aux aspects formels, les “monographies” incluent la prononciation, les locutions, les idiotismes, et aussi, et surtout, les remarques d’emploi et les irrégularités. À part la sémantique des mots, présentée dans les définitions, le principal intérêt de l’œuvre c’est l’histoire, c’est-à-dire, les exemples historiques, depuis les premiers textes français jusqu’à ceux du XVIe siècle, et aussi les notes étymologiques qu’il contient, et en plus, les équivalences dans d’autres langues du mot de l’entrée.

L’auteur

Émile Littré (1801 – 1881) fut médecin, lexicographe, homme politique et philosophe. Il publia des travaux sur Hippocrate et sur le positivisme (vulgarisation de l’œuvre d’Auguste Comte). En 1863 il fut proposé pour l’Académie Française, mais il fut rejeté pour cause de “matérialisme” (par suite de l’opposition de Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans).

emile_littre

Quand Littré s’explique, à propos de la création du Dictionnaire, il dit : Je suis de ces esprits inquiets ou charmés qui voudraient parcourir les champs divers du savoir et obtenir, suivant la belle expression de Molière, des clartés de tout ; mais, à la fois avare et avide, je n’aimais à rien lâcher. […] La conception du dictionnaire fut due, en de telles circonstances, à une occasion fortuite… Mes lectures, toujours très diverses, avaient amené sous mes yeux des recherches étymologiques. À la suite, je me plus à partager quelques mots français en préfixes, suffixes et radicaux. Cela me parut curieux ; et incontinent, sans prendre le temps ni la peine de pousser plus loin l’expérience, j’imaginai qu’il y avait là matière à un dictionnaire étymologique de la langue…  (Vous pouvez lire ici le texte écrit en 1880 Comment j’ai fait mon Dictionnaire de la langue française).

Le dictionnaire

La tâche principale a été de fournir les exemples et les remarques. Les images en-dessous contiennent les citations des auteurs pour le mot rose, depuis le XIIe siècle, jusqu’au XVIe (Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.)

littre_1

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Quand aux remarques… voici celle du même mot:

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Cette remarque nous permet de voir la façon dont Littré travaillait: il n’était pas linguiste, ni éthymologue et, donc, il présentait ce qu’il considérait le mieux, avec des raisons disons “peu scientifiques”. Cependant, outre les lacunes de la nomenclature et les insuffisances du savoir étymologique, le désordre du classement et l’absence de référence aux grands écrivains du XIXe siècle, ce dictionnaire survit à titre de monument élevé à la “religion de la langue”.

Le Littré est accessible sur Internet, ici.

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Quant a La llengua viva

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